Une bonne alimentation avant un marathon sert surtout à remplir vos réserves de glycogène, le carburant stocké dans les muscles et le foie, pour tenir les 42,195 km sans rencontrer le mur. Vous avez coché la date, avalé les sorties longues sous la pluie, et voilà qu’à dix jours du départ la question vous réveille la nuit. La réponse tient pourtant en quelques lignes : deux à trois jours de repas plus riches en glucides, avec moins de fibres et de gras, un dîner de veille simple et familier, puis un petit-déjeuner testé à l’entraînement, pris environ trois heures avant le départ. Pas d’assiette de pâtes géante la veille, pas de nouveauté le matin, pas de jeûne pour « être léger ». Je vous explique pourquoi ce réservoir compte tant sur une telle distance, comment organiser la recharge sans vous retrouver ballonné sur la ligne, et comment bâtir votre propre plan à répéter dès vos prochaines sorties.
Pourquoi l’alimentation du marathon se prépare bien avant le jour J
Le marathon a une particularité cruelle : il dure assez longtemps pour vider le réservoir, et assez peu pour qu’on ait le droit de l’oublier. Beaucoup de coureurs soignent leurs fractionnés pendant quatre mois puis improvisent leur assiette la dernière semaine. C’est dommage, car l’intestin, lui aussi, s’entraîne. Quand j’accompagne des marathoniens comme nutritionniste du sport, en visio partout en France ou au cabinet, on commence toujours par comprendre ce qui se joue dans le corps, avant de parler menus. Trois mécanismes expliquent presque tout.
Le glycogène, un réservoir qui ne se remplit pas en un repas
Pendant un effort long, le corps puise dans deux sources principales : les graisses, quasi inépuisables mais lentes à mobiliser, et le glycogène, une forme de stockage des glucides dans les muscles et le foie, rapide mais limitée. Plus l’allure est soutenue, plus le muscle réclame ce carburant rapide. Quand le stock s’épuise, souvent dans le dernier tiers de la course, l’allure s’effondre et les jambes semblent en béton : c’est le fameux mur du marathon. Les coureurs qui l’ont rencontré en parlent comme d’une panne sèche, et c’est à peu près ça. Le point important, c’est que ce réservoir se remplit sur plusieurs jours, à condition de réduire l’entraînement et d’apporter assez de glucides. Un plat de pâtes isolé la veille ne suffit pas à compenser une semaine d’assiettes trop légères.
Ce que les semaines d’entraînement préparent déjà
L’alimentation d’avant-course ne commence pas à J-3, elle se prépare pendant tout le bloc. Chaque sortie longue est une occasion de tester votre petit-déjeuner, vos horaires, votre boisson et vos gels. L’intestin s’adapte à recevoir des glucides pendant l’effort : on parle parfois d’entraînement digestif, et c’est une réalité que les coureurs découvrent souvent à leurs dépens. Un gel pris pour la première fois au 25e kilomètre du marathon, c’est une loterie. Mon repère concret : notez dans votre carnet d’entraînement ce que vous avez mangé avant chaque sortie de plus de 25 km, à quelle heure, et comment votre ventre a réagi. Au bout de trois ou quatre sorties, vous tenez votre protocole personnel testé, bien plus fiable que celui d’un forum ou de votre voisin de club.
L’affûtage, une semaine où l’on mange autant ou presque
La dernière semaine, le volume d’entraînement baisse : c’est l’affûtage. Beaucoup de coureurs en concluent qu’il faut manger moins, par peur de « prendre », et arrivent au départ avec un réservoir à moitié vide. D’autres font l’inverse et transforment la semaine en buffet à volonté. Le bon réglage se situe entre les deux : on garde un appétit normal les premiers jours, puis on modifie la composition des assiettes plutôt que leur taille globale, en augmentant la part des féculents. Comme vous courez moins, l’énergie non dépensée part justement remplir les stocks de glycogène. Si vous êtes du genre à vous sentir coupable de manger un plat de riz un jour de repos, rassurez-vous : cette semaine, c’est précisément votre travail d’athlète.
La recharge en glucides des derniers jours
La recharge glucidique, souvent appelée carb loading, est la partie la plus connue de la préparation et, curieusement, la plus mal appliquée. Elle ne consiste pas à doubler ses portions, mais à faire des glucides la base des repas pendant deux à trois jours, en allégeant le reste. Elle se combine avec une hydratation adaptée au sport, car le glycogène se stocke avec de l’eau. Voici comment la mettre en place concrètement, avec des aliments simples et sans calculette à chaque repas.
Combien de glucides, et sur combien de jours
Les repères scientifiques internationaux (ACSM, consensus du Comité international olympique) situent la recharge autour de 10 à 12 g de glucides par kilo de poids corporel et par jour, sur les 36 à 48 heures qui précèdent une épreuve de plus de 90 minutes. Pour la plupart des coureurs amateurs, c’est beaucoup plus qu’ils ne l’imaginent, et ce chiffre sert surtout à comprendre l’ordre de grandeur, pas à peser chaque grain de riz. Dans la vraie vie, cela se traduit par des féculents à chaque repas, en portion généreuse, plus deux ou trois collations glucidiques par jour. L’ancienne méthode dite « dissociée », qui imposait plusieurs jours sans glucides avant la recharge, n’est plus recommandée : elle fatigue, déprime le moral et n’apporte pas d’avantage net chez les coureurs entraînés.
Quels féculents choisir et pourquoi moins de fibres
Pendant ces deux ou trois jours, on inverse une habitude que je défends le reste de l’année : on choisit des féculents raffinés plutôt que complets. Pâtes blanches, riz blanc, pain blanc, semoule, pommes de terre sans la peau, céréales du petit-déjeuner peu fibreuses. La raison est simple : les fibres occupent de la place, fermentent et accélèrent le transit, ce qui n’est pas l’idéal quand on doit courir trois ou quatre heures. Pour atteindre la quantité de glucides sans se remplir l’estomac, on s’aide aussi d’aliments glucidiques peu volumineux : compote, jus de fruits, pain d’épices, riz au lait, confiture sur une tartine, banane bien mûre. Exemple de déjeuner à J-2 : riz blanc, filet de poulet, carottes cuites, un yaourt et une compote. Simple, digeste, efficace.
La balance qui monte, un bon signe
Voilà le moment où certains coureurs paniquent : à force de recharger, la balance affiche un peu plus le matin du départ. C’est normal, et c’est même plutôt rassurant. Chaque gramme de glycogène se stocke accompagné d’eau dans le muscle, si bien que ce gain traduit un réservoir plein, pas une prise de graisse. Cette eau stockée sera d’ailleurs utile pendant la course. Les jambes peuvent sembler un peu lourdes la veille, une sensation que je vous invite à accueillir comme un signal de réservoir plein plutôt qu’à combattre. Si vous êtes de ceux qui se pèsent tous les matins, mon conseil est simple : rangez la balance pendant la dernière semaine. Le seul chiffre qui compte dimanche, c’est celui du chronomètre, et il se réjouira de ce réservoir rempli.

Alimentation marathon : la veille et le matin de la course
Les dernières vingt-quatre heures ne servent plus à remplir le réservoir, qui l’est déjà si la recharge a été faite. Elles servent à ne rien gâcher. C’est le moment de la simplicité et de la répétition, pas de l’inventivité. La logique est la même que pour que manger avant le sport, mais poussée plus loin, car l’effort est plus long et l’enjeu émotionnel plus fort. Le tableau ci-dessous résume la chronologie, puis je détaille les trois moments clés de la dernière ligne droite.
| Moment | Repère d’assiette |
|---|---|
| J-7 à J-4 | Repas habituels équilibrés, appétit normal, pas de restriction malgré l’affûtage |
| J-3 à J-1 | Féculents raffinés en base de chaque repas, collations glucidiques, moins de fibres et de gras |
| Veille au soir | Dîner familier et digeste, pris tôt, sans alcool ni plat nouveau |
| Matin, environ 3 h avant | Petit-déjeuner testé à l’entraînement, riche en glucides, pauvre en fibres et en gras |
| Dernière heure | Quelques gorgées d’eau, éventuellement une petite collation déjà testée |
Le dîner de la veille, familier plutôt que festif
La pasta party de la veille est une institution sympathique, mais elle a deux défauts : elle arrive souvent tard, et elle pousse à finir une montagne de pâtes en sauce crémeuse au milieu de gens surexcités. Mon repère : dînez tôt, vers 19 heures si possible, un plat que vous connaissez et qui vous réussit. Par exemple des pâtes blanches avec une sauce tomate simple, un peu de jambon ou de poisson, un fromage blanc et une compote. On évite l’alcool, les plats très gras ou épicés et les crudités. Pas besoin de vous forcer : si la recharge a été faite les jours précédents, ce dîner n’a pas à être héroïque. Une portion normale et rassurante vaut mieux qu’une assiette géante qui vous fera mal dormir.
Le petit-déjeuner du matin de course
Le petit-déjeuner du jour J recharge surtout le glycogène du foie, qui s’est vidé pendant la nuit. On le prend en général trois heures avant le départ, pour laisser la digestion se faire : départ à 9 heures, réveil vers 5 h 45, petit-déjeuner à 6 heures. Oui, c’est tôt, et c’est justement pour cela qu’il faut l’avoir répété lors de vos sorties longues avec le même réveil. Exemples classiques : pain blanc avec miel ou confiture, une banane, un yaourt si vous le digérez bien, un thé ou un café si c’est votre habitude ; ou un bol de riz au lait ; ou un gâteau énergétique maison déjà testé. Les recommandations sportives (ACSM) situent ce repas entre 1 et 4 g de glucides par kilo, selon le délai avant le départ : ce qui compte, c’est surtout que votre ventre le connaisse.
La dernière heure avant le départ
Dans le sas, le stress monte et l’envie de faire « encore un petit quelque chose » aussi. Pourtant, la dernière heure se gère avec sobriété. Quelques gorgées d’eau régulières, sans vider une bouteille entière qui vous enverra aux toilettes au 5e kilomètre. Si le délai entre le petit-déjeuner et le départ est long, ou si vous sentez la faim revenir, une petite collation testée à l’entraînement peut aider : quelques bouchées de banane, une pâte de fruit, un demi-gel avec un peu d’eau, que certains coureurs prennent dans le quart d’heure qui précède le départ. Ma question à vous poser : ai-je déjà fait exactement ça avant une sortie longue ? Si la réponse est non, ce n’est pas le jour pour essayer, même si le voisin de sas jure que ça l’a sauvé.
Les pièges digestifs et logistiques à anticiper
Un marathon se perd rarement à cause d’un plat de pâtes manquant, mais souvent à cause d’un intestin contrarié ou d’un petit-déjeuner introuvable. Les troubles digestifs touchent beaucoup de coureurs de fond, et une partie d’entre eux se prévient dans l’assiette. Pour comprendre plus en détail le carburant lui-même, vous pouvez relire mon article pour refaire ses stocks de glycogène. Ici, je m’arrête sur trois pièges que je vois revenir chaque saison chez les coureurs que j’accompagne.
Les aliments qui fermentent au mauvais moment
Certains aliments très sains le reste de l’année deviennent des invités encombrants à J-2 : légumineuses, choux, crudités en grande quantité, pain complet, fruits secs en poignées, et tout ce qui contient des édulcorants de type polyols (chewing-gums et bonbons « sans sucre »), connus pour leur effet laxatif. Le lait peut aussi poser problème chez les personnes qui digèrent mal le lactose, surtout sous l’effet du stress. Mon repère concret : si vous vous sentez ballonné la veille, ce n’est presque jamais l’excès de glucides, c’est l’excès de fibres et de fermentescibles. Faites le tour de vos repas des deux derniers jours, vous trouverez souvent la salade de lentilles « pour être sain » ou la poignée d’abricots secs du goûter.
Courir loin de chez soi : hôtel, restaurant et petit-déjeuner
Un marathon, c’est souvent un voyage, et le voyage est l’ennemi de la routine. Le buffet de l’hôtel n’ouvre qu’à 7 heures alors que vous vouliez manger à 6, le restaurant italien de la veille sert des pâtes à la crème et l’épicerie du coin est fermée le dimanche. Mon repère, qui fait sourire mais sauve des courses : préparez une trousse de ravitaillement personnelle dans votre valise, avec ce qu’il faut pour votre petit-déjeuner (pain, miel ou confiture, sachets de thé, compotes en gourde, votre gâteau habituel) et vos collations du samedi. Pour le dîner de la veille, réservez tôt un restaurant où vous savez qu’un plat simple existe, ou prévoyez un plan B à emporter. Vous n’aurez plus qu’à gérer l’excitation, ce qui suffit bien.
Le café, le stress et le ventre
Le café du matin est un rituel que beaucoup de coureurs gardent le jour de la course, et c’est souvent une bonne idée si c’est leur habitude. La caféine peut aider à la vigilance et à la perception de l’effort, mais elle stimule aussi l’intestin, ce qui est un avantage à 6 heures et un problème au 12e kilomètre. Le stress d’avant-course, lui, accélère volontiers le transit. Les deux ensemble expliquent pas mal de files d’attente devant les toilettes du village départ. Mon conseil : gardez votre dose habituelle de café, pas davantage, et prenez-la avec le petit-déjeuner pour laisser le temps à l’intestin de faire son travail avant le départ. Si vous êtes sensible, faites l’essai d’un café plus tôt pendant une sortie longue, pas le jour de la course.

Alimentation marathon : construire votre plan personnel
Les repères de cet article valent pour la majorité des coureurs, mais chaque ventre, chaque allure et chaque rythme de vie sont différents. Un coureur qui vise quatre heures trente ne vit pas le même marathon qu’une coureuse qui vise trois heures, ni les mêmes besoins pendant la course. Le vrai objectif, c’est un plan écrit et répété, pas une liste de conseils lus la veille. Voici comment le construire, les situations qui demandent une adaptation et quand vous faire accompagner.
Transformer vos sorties longues en répétitions générales
Prenez vos deux ou trois dernières sorties longues du plan comme des répétitions générales, à la manière d’une troupe de théâtre avant la première. Même réveil que le jour J, même petit-déjeuner, même délai avant le départ, même tenue, même boisson et mêmes gels, pris aux mêmes kilomètres. Les recommandations sportives (ACSM) situent l’apport pendant un effort de plus d’une heure autour de 30 à 60 g de glucides par heure, et parfois davantage pour les épreuves les plus longues, chez des sportifs dont l’intestin y est entraîné. Notez tout : horaires, aliments, sensations digestives, énergie au 25e kilomètre. Les coureuses que j’accompagne à Lille appellent ça leur « carnet de bord », et c’est souvent lui qui fait la différence le jour de la course, bien plus que le gel à la mode du moment.
Les situations qui demandent une adaptation
Certaines situations sortent des repères généraux et demandent un plan sur mesure. Si vous vivez avec un diabète, en particulier sous insuline ou sous certains traitements, la recharge glucidique et les apports pendant l’effort se construisent obligatoirement avec votre médecin, car le risque d’hypoglycémie ou d’hyperglycémie change tout. Les coureurs végétariens ou végétaliens peuvent tout à fait recharger efficacement, en veillant simplement à ne pas multiplier les légumineuses les derniers jours. Et si vous souffrez régulièrement de troubles digestifs pendant l’effort, de douleurs abdominales, de sang dans les selles ou de diarrhées persistantes, parlez-en à votre médecin avant de mettre ça sur le compte du stress : ce n’est pas une fatalité du coureur de fond.
Se faire accompagner pour son prochain marathon
Construire son plan seul est possible, mais un regard extérieur fait souvent gagner une saison d’essais et d’erreurs. En consultation, on part de votre allure cible, de vos habitudes, de vos goûts et de votre ventre pour bâtir une stratégie complète : semaine d’affûtage, recharge, petit-déjeuner, ravitaillement pendant la course et récupération. Je reçois les coureurs en visio, où que vous habitiez, avec exactement le même suivi qu’en présentiel, et aussi dans mes cabinets de Lille, Arras et Rouvroy. Si votre prochain dossard approche, vous pouvez réserver une consultation de nutrition sportive quelques semaines avant la course, le temps de tester le plan pendant vos sorties longues. L’idéal, c’est d’arriver au départ avec un seul souci en tête : profiter de la foule.
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