Déficit énergétique chez la sportive (RED-S) : quels signes ?

Le déficit énergétique relatif dans le sport, que les spécialistes appellent RED-S, survient quand l’énergie apportée par l’alimentation ne suffit plus à couvrir à la fois l’entraînement et le fonctionnement normal du corps. Chez la sportive, les signes qui doivent alerter sont souvent discrets au début : des règles qui s’espacent ou disparaissent, une fatigue qui ne passe pas, des blessures qui se répètent, notamment des fractures de fatigue, des infections à répétition, une sensation de froid, une humeur plus fragile et des performances qui stagnent malgré les efforts. Ce déséquilibre n’est pas toujours volontaire : il s’installe parfois simplement parce que l’entraînement augmente et que l’assiette ne suit pas. Je vous explique le mécanisme, les signaux à repérer, les situations à risque, le lien parfois délicat avec le rapport à l’alimentation, et les premiers pas pour réagir tôt, avec douceur et avec les bonnes personnes.

Déficit énergétique relatif dans le sport : de quoi parle-t-on ?

Derrière ce sigle un peu austère se cache une situation fréquente, longtemps passée sous les radars. Le Comité international olympique a formalisé la notion de RED-S dans une déclaration de consensus, régulièrement mise à jour, pour aider sportifs, entraîneurs et soignants à repérer le problème tôt. En tant que nutritionniste du sport, je le rencontre chez des sportives de tous niveaux, en visio partout en France comme au cabinet. Commençons par comprendre le mécanisme, sans jargon inutile.

La disponibilité énergétique, expliquée simplement

Imaginez votre énergie comme un budget. Une partie part dans l’entraînement, et ce qui reste doit financer tout le reste : le cœur, le cerveau, les hormones, la réparation des os et des muscles, la défense contre les microbes. C’est ce reste que les spécialistes appellent la disponibilité énergétique. Quand il devient trop faible, le corps ne s’arrête pas, il fait des économies, un peu comme un téléphone qui passe en mode économie d’énergie : l’écran s’assombrit, certaines applications se ferment, mais les appels passent encore. Chez la sportive, les fonctions jugées non urgentes sont mises en veille les premières, à commencer par le cycle menstruel et la construction osseuse. Tout cela peut se produire sans aucun changement visible de silhouette, ce qui explique pourquoi le problème passe si souvent inaperçu, y compris aux yeux de l’entourage.

De la triade de la sportive au RED-S

Pendant longtemps, on parlait de la triade de la sportive, qui associait trois éléments : une disponibilité énergétique insuffisante, des troubles du cycle et une fragilité osseuse. Cette description a eu le mérite d’attirer l’attention sur un problème réel, mais elle restait trop étroite. Le concept de RED-S, porté par le Comité international olympique, élargit le regard : le déficit énergétique touche aussi l’immunité, la digestion, le cœur, le métabolisme, l’humeur, la concentration et, bien sûr, la performance. Il concerne aussi les hommes sportifs, chez qui il peut notamment faire baisser la testostérone et fragiliser les os. Ce changement de vocabulaire n’est pas qu’une affaire de spécialistes : il rappelle que le problème ne se résume pas aux règles, et qu’il peut se manifester par des signes très variés.

Un déficit souvent involontaire

On imagine volontiers que le RED-S concerne uniquement des sportives qui se restreignent volontairement. C’est parfois le cas, mais très souvent, le déficit s’installe sans intention particulière. Une coureuse prépare son premier marathon et augmente nettement son volume d’entraînement, sans modifier ses repas. Une nageuse enchaîne les séances tôt le matin et n’a jamais faim au réveil. Une cycliste suit une tendance qui réduit fortement les féculents, persuadée de bien faire. Une joueuse de handball jongle entre travail, enfants et entraînements, et saute régulièrement le déjeuner faute de temps. Dans toutes ces situations, personne ne cherche à manger moins ; c’est la distance entre les besoins et les apports qui grandit en silence. D’où l’intérêt d’en parler largement, pour que chacune puisse se reconnaître sans se sentir jugée.

Les signes du RED-S chez la sportive

Les signes du déficit énergétique sont nombreux et, pris un par un, ils semblent souvent anodins. C’est leur accumulation, et leur persistance, qui doit alerter. Certains se recoupent d’ailleurs avec ceux d’autres problèmes fréquents chez la sportive, comme la carence en fer chez la sportive, d’où l’importance d’un avis médical pour faire la part des choses. Voici les trois grandes familles de signaux que j’invite à observer, avec bienveillance.

Un cycle menstruel qui se dérègle

Le cycle est souvent le premier à envoyer un message. Des règles qui s’espacent, deviennent irrégulières ou disparaissent plusieurs mois de suite ne sont jamais un signe d’entraînement réussi, contrairement à une idée encore répandue dans certains vestiaires. C’est au contraire le signe que le corps a mis en veille une fonction qu’il juge non prioritaire, avec des conséquences possibles sur les os. Attention à un piège fréquent : une contraception hormonale peut provoquer des saignements réguliers qui masquent l’absence de cycle naturel, et donc le signal. Chez la femme en périménopause, les cycles changent aussi pour des raisons hormonales, ce qui complique la lecture. Dans tous les cas, un cycle qui se modifie mérite une consultation chez votre médecin ou votre gynécologue, sans attendre que la situation s’installe.

Des os et des tissus qui encaissent moins bien

Quand l’énergie manque, la construction et la réparation osseuses ralentissent. Cela peut se traduire par des fractures de fatigue, ces petites fissures qui apparaissent à force de sollicitations répétées, typiquement au pied, au tibia ou au bassin chez les coureuses. Une douleur osseuse localisée, qui augmente à l’effort et persiste au repos, doit toujours conduire à consulter rapidement. Plus largement, des blessures qui se répètent, des tendinites à répétition ou une récupération qui traîne peuvent faire partie du tableau. Chez l’adolescente, l’enjeu est encore plus important : c’est pendant ces années que se construit l’essentiel du capital osseux pour la vie entière, et un déficit prolongé peut le fragiliser durablement. On ne répare pas un os avec une gélule ; on lui donne d’abord de quoi se reconstruire, avec l’aide d’un médecin.

Fatigue, humeur, immunité : les signaux du quotidien

Le troisième groupe de signes est le plus facile à négliger, parce qu’on l’attribue volontiers au rythme de vie : une fatigue qui ne passe pas, même après des jours plus calmes, des rhumes ou des infections qui s’enchaînent, une sensation de froid permanente, des vertiges en se levant, des troubles digestifs comme une constipation ou des ballonnements, un sommeil de moins bonne qualité. S’y ajoutent souvent des changements d’humeur : irritabilité, tristesse, difficultés de concentration, anxiété autour des repas ou de l’entraînement. Et puis il y a la performance elle-même, qui stagne ou recule alors que les séances s’accumulent, ce qui pousse parfois à s’entraîner encore plus, dans un cercle épuisant. Aucun de ces signes ne suffit à conclure, mais leur répétition mérite qu’on s’arrête un moment pour en parler.

Coureuse assise de dos au bord d’un lac au lever du jour, une pause pour écouter les signes du RED-S
Une fatigue qui persiste, un cycle qui change ou des blessures répétées méritent qu’on s’arrête pour en parler.

Déficit énergétique relatif et sport : qui est concernée ?

Toutes les sportives peuvent être touchées, quel que soit leur niveau, mais certaines situations augmentent le risque. Le rapport à l’alimentation entre aussi en jeu : les troubles du comportement alimentaire prennent des formes variées, de la restriction à l’hyperphagie boulimique, et peuvent coexister avec un déficit énergétique, par exemple quand des périodes de restriction alternent avec des crises. Le tableau ci-dessous propose quelques situations à surveiller, sans aucune intention de coller des étiquettes.

SituationPourquoi elle mérite attention
Sports à catégories ou à dimension esthétique (combat, haltérophilie, gymnastique, danse)La pression sur la silhouette ou sur la pesée peut pousser à réduire les apports.
Sports d’endurance à gros volume (course, cyclisme, triathlon, natation)Les besoins augmentent fortement et l’appétit ne suit pas toujours.
Augmentation rapide de l’entraînementPréparation d’un objectif, stage, reprise ambitieuse : l’assiette reste souvent la même.
AdolescenceLes besoins de croissance s’ajoutent à ceux du sport, avec un capital osseux en construction.
Emploi du temps saturéRepas sautés ou avalés trop vite, faute de temps plutôt que par choix.

Quand le sport met le corps sous le regard

Dans les sports à catégories, comme les sports de combat ou l’haltérophilie, et dans les disciplines à dimension esthétique, comme la gymnastique, la danse ou le patinage, le corps est constamment évalué. Les pesées, les photos, les remarques sur la silhouette, parfois bien intentionnées, créent un terrain propice à la restriction. La course à pied et le cyclisme n’y échappent pas, avec l’idée tenace qu’être plus léger rendrait forcément plus rapide. Cette pression n’est pas une fatalité, mais elle mérite d’être nommée. Si vous encadrez des sportives, évitez les commentaires sur le corps et parlez plutôt d’énergie, de récupération, de plaisir de jouer. Si vous êtes la sportive concernée, sachez que votre valeur dans votre discipline ne se mesure pas à votre silhouette, et que personne n’a le droit de vous faire croire le contraire.

Les grosses charges d’entraînement

Dans les sports d’endurance, les besoins énergétiques peuvent devenir très importants les semaines de gros volume, et l’appétit ne suit pas toujours. Après une séance intense, beaucoup de sportives n’ont tout simplement pas faim, l’effort coupant l’appétit pendant plusieurs heures. Ajoutez des horaires décalés, des séances matinales à jeun par habitude, une alimentation très riche en légumes mais pauvre en féculents, et le déficit s’installe sans bruit. Le repère utile ici n’est pas un chiffre, mais une question d’organisation : chacune de mes séances importantes est-elle précédée et suivie d’un vrai repas ou d’une collation ? Si la réponse est souvent non, c’est un point à travailler en priorité, bien avant de s’interroger sur les vertus de telle ou telle graine à la mode. Le corps a d’abord besoin de régularité.

Adolescentes, femmes après 40 ans et sportifs masculins

Trois publics méritent une attention particulière. Les adolescentes, d’abord, parce que leurs besoins cumulent croissance et entraînement, et que les conséquences sur les os peuvent durer. Les femmes qui reprennent ou intensifient le sport autour de la quarantaine, ensuite : elles cumulent souvent charge professionnelle, charge familiale et objectif sportif ambitieux, et les modifications du cycle liées à la périménopause peuvent brouiller les signaux. Les hommes, enfin, que l’on oublie souvent : chez eux, le déficit peut se traduire par une baisse de libido, une fatigue persistante, des blessures ou une fragilité osseuse. Dans les trois cas, le réflexe reste le même : ne pas banaliser, en parler à un médecin, idéalement un médecin du sport, et faire le point sur l’alimentation avec une diététicienne formée à ces questions.

Quand le rapport à l’alimentation s’en mêle

Le déficit énergétique n’est pas toujours lié à un trouble du comportement alimentaire, mais le lien existe souvent, dans un sens comme dans l’autre. La pression autour de la silhouette dans certains sports en fait partie, et j’en parlais déjà à propos du fait d’être au poids, un défi pour certains sportifs. Voici comment ce rapport peut se compliquer, et comment en parler avec délicatesse, pour soi comme pour une coéquipière.

Du « manger propre » à la peur de manger

Tout commence parfois par une intention louable : manger plus sainement pour mieux performer. Puis la liste des aliments jugés « acceptables » se réduit, les féculents deviennent suspects, les repas au restaurant ou chez des amis angoissent, et l’alimentation occupe une place croissante dans les pensées. Certains parlent d’orthorexie pour décrire cette obsession du « bien manger », même si ce n’est pas un diagnostic officiel. Le signal à observer n’est pas ce que vous mangez, mais l’espace que cela prend dans votre tête : si penser à la nourriture vous fatigue, si un repas imprévu vous met mal à l’aise pendant des heures, ou si vous ressentez le besoin de compenser par une séance supplémentaire, c’est le moment d’en parler, sans honte, à un professionnel de santé.

Déficit volontaire ou non : la même bienveillance

Que le déficit soit involontaire ou lié à une restriction, la réponse reste la même : de la bienveillance et un accompagnement adapté. Personne ne choisit de développer un trouble du comportement alimentaire, et aucune sportive ne mérite d’être jugée parce qu’elle mange trop peu ou de façon désorganisée. Ce que je constate souvent, c’est une grande solitude : la sportive sent que quelque chose ne va pas, mais craint de décevoir son entraîneur, son club ou sa famille, alors elle se tait et serre les dents. Mettre des mots sur ce qui se passe est déjà un soulagement. Et il n’est jamais nécessaire d’attendre que la situation soit grave pour demander de l’aide : plus on intervient tôt, plus le retour à l’équilibre est simple, pour le corps comme pour la tête.

Comment aborder le sujet avec une coéquipière ou sa fille

Si vous vous inquiétez pour une proche, une coéquipière ou votre fille sportive, la façon d’aborder le sujet compte beaucoup. Choisissez un moment calme, en tête-à-tête, loin des repas et de l’entraînement. Parlez de ce que vous observez et de ce que vous ressentez, plutôt que de son corps ou de son assiette : « je te trouve très fatiguée ces temps-ci, et je m’inquiète pour toi » ouvre davantage que n’importe quelle remarque sur ce qu’elle mange. Attendez-vous à ce que la première réaction soit un déni ou de l’agacement : c’est fréquent, et cela ne veut pas dire que votre démarche est inutile. Proposez une aide concrète, comme l’accompagner chez son médecin, et restez disponible. Vous n’êtes pas là pour soigner, mais pour ouvrir une porte.

Deux sportives assises de dos sur des gradins, en conversation apaisée sur le RED-S et le rapport à l’alimentation
Aborder le sujet avec douceur, en parlant de ce qu’on observe plutôt que du corps, ouvre la porte à l’aide.

Réagir tôt face au déficit énergétique dans le sport

La bonne nouvelle, c’est que le RED-S se prend en charge, et que plus on réagit tôt, plus le corps retrouve vite son équilibre. Il n’y a aucune honte à reconnaître que l’on a sous-estimé ses besoins : c’est même le signe d’une sportive attentive à elle-même. Voici trois premiers pas, du plus simple au plus structurant, pour avancer à votre rythme, sans vous sentir seule face à ces questions et sans rien bouleverser du jour au lendemain.

Relire une semaine d’entraînement et de repas

Premier pas, possible dès aujourd’hui : prenez une feuille, tracez deux colonnes, et notez pour chaque jour de la semaine passée vos séances d’un côté, vos repas et collations de l’autre, sans quantités ni jugement. Puis relisez en cherchant les longues plages vides : une séance matinale suivie d’un déjeuner à 14 heures, un entraînement du soir précédé d’un simple café, une journée de repos où l’on mange moins « pour compenser ». Ce petit exercice révèle souvent des trous dont on n’avait pas conscience. Un exemple de réajustement doux : un bol de flocons d’avoine avec une banane avant la séance du matin, un sandwich au pain complet dans le sac pour le retour, et un vrai plat de féculents au dîner les jours d’entraînement. Si cet exercice vous angoisse, laissez-le de côté et parlez-en plutôt à un professionnel.

Consulter un médecin, idéalement un médecin du sport

Face à plusieurs des signes décrits plus haut, surtout des règles absentes ou des douleurs osseuses, la première étape est médicale. Un médecin, idéalement un médecin du sport, pourra faire le point, prescrire des examens si nécessaire, par exemple un bilan sanguin ou une mesure de la densité osseuse, et écarter d’autres causes, car de nombreux problèmes de santé peuvent donner des signes similaires. Il pourra aussi adapter temporairement l’entraînement, ce qui est parfois nécessaire pour permettre au corps de récupérer. Ce n’est ni un échec ni une punition : c’est une pause au service de votre santé et de vos saisons futures. Préparez le rendez-vous en notant vos signes, depuis quand ils sont là, et vos questions : cela aide beaucoup à ne rien oublier le moment venu.

Un accompagnement en équipe

Le déficit énergétique se prend en charge à plusieurs, et lorsqu’un trouble du comportement alimentaire est en jeu, il se soigne avec une équipe coordonnée : un médecin, un psychologue et une diététicienne, parfois aussi un médecin du sport. Si vous vous posez des questions sur votre rapport à l’alimentation, la ligne Anorexie Boulimie Info Écoute de la FFAB répond au 09 69 325 900, et en cas de détresse ou d’idées noires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 h/24. Pour la partie nutritionnelle, je vous accompagne en visio partout en France, avec le même suivi qu’au cabinet, ou en présentiel à Lille, Arras et Rouvroy, en lien avec votre médecin. Vous pouvez prendre rendez-vous pour faire le point ensemble quand vous vous sentirez prête. Votre corps vous a envoyé des signaux : les écouter est déjà un acte de soin.

💬 0 commentaires

Aucun commentaire pour l'instant — soyez le premier à réagir !

✍️ Laisser un commentaire

Créez un compte gratuit ou connectez-vous pour commenter.