« Elle s'est laissée aller » : cette phrase suffit rarement à expliquer une prise de poids après 40 ans sans raison apparente. Entre métabolisme, hormones et poids, voici pourquoi chercher un coupable unique passe à côté de ce qui se joue vraiment dans le corps et dans la vie, d'une femme. Le récit sans filtre d'une diététicienne qui refuse ce raccourci, y compris pour elle-même.
Il y a une expression qui a le don de m'agacer. « Elle s'est laissée aller. » Vous l'avez forcément déjà entendue. Une femme a pris du poids. « Elle s'est laissée aller. » Son ventre s'est arrondi. « Elle s'est laissée aller. » Elle ne ressemble plus exactement à la femme qu'elle était dix ans auparavant. « Ah oui… elle s'est quand même un peu laissée aller. »
Et moi, à chaque fois, j'ai à peu près la même réaction : mais t'es qui, toi, pour décider qu'elle s'est laissée aller ? Sérieusement. Qu'est-ce que tu sais de sa vie ? De ses journées ? De ses nuits ? De ce qu'elle mange ? De ce qu'elle ne mange pas ? De son travail ? De ses emmerdes ? De son niveau de fatigue ? De ses hormones ? De son couple ? De ses enfants ? De ses parents qui vieillissent ? De sa santé ? De la manière dont elle se sent intérieurement ? Rien. Mais manifestement, un ventre, deux cuisses et éventuellement un double menton suffisent parfois à certains pour établir un diagnostic complet. Formidable.
Et le pire, finalement, n'est peut-être même pas que les autres le disent. Le pire, c'est qu'à force de l'entendre, nous pouvons finir par le croire nous-mêmes.
Quand le jugement des autres devient notre propre vérité
Parce que ce genre de phrase, répétée suffisamment souvent, finit par s'installer à l'intérieur, pas seulement à l'extérieur.
« Oui, c'est vrai… je me suis laissée aller »
Imaginez. On vous répète qu'après 40 ans, il faut « faire attention ». Qu'à la ménopause, il faut « éviter de prendre du poids ». Qu'il faut « garder la ligne », « se reprendre en main ». Les réseaux sociaux vous proposent des avant/après à longueur de journée. Des femmes de 45, 50 ou 55 ans vous expliquent comment elles ont enfin retrouvé leur « corps d'avant ».
Et au milieu de tout ça, vous constatez que votre propre silhouette change. Alors quelqu'un vous dit : « Tu t'es un peu laissée aller, non ? » Et peut-être qu'un jour, vous finissez vous-même par répondre « Oui… c'est vrai. » Mais est-ce vrai ? Ou est-ce devenu votre vérité parce qu'on vous l'a suffisamment répétée ?
Pourquoi je raconte ma périménopause en détail ?
Parce que c'est aussi pour cela que je raconte actuellement ma vie avec Périménop'. Oui, je raconte mes nuits, mon jean, mon ventre, mes douches internes, ma fatigue, mes questionnements. Et je le fais en conscience, pas parce que je pense que ma périménopause mérite une série Netflix en huit saisons, quoique. Je le fais parce que j'ai envie d'ouvrir une réflexion sur tous ces jugements beaucoup trop rapides que nous portons sur les corps. Et notamment sur ceux des femmes.
Alors, moi, est-ce que je me suis laissée aller ?
C'est là que ça devient intéressant. Parce que je pourrais vous répondre très fièrement « Absolument pas ! » Sauf que ce ne serait pas tout à fait vrai non plus.
Je me suis plutôt laissée passer après
Je dirais plutôt que je me suis parfois… laissée passer après. Et même, soyons franches : à certains moments, je me suis un peu laissée couler. Pas dans le sens où l'expression « se laisser aller » est habituellement utilisée. Je n'ai pas passé mes journées affalée sur mon canapé à manger des chips en attendant que mon corps change tout seul. En réalité, j'avais simplement trouvé beaucoup mieux à faire. Enfin… mieux selon mon cerveau.
Parce que j'ai un petit problème : j'adore réfléchir. Mais vraiment. Donnez-moi un problème à comprendre, un projet à construire, un roman à écrire, une formation à préparer, un mécanisme à décortiquer et je peux me torturer l'esprit pendant des heures avec un plaisir presque inquiétant. Le côté cérébral me plaît, j'aime comprendre le pourquoi du comment.
La ligne « penser à prendre soin de toi » qui ne monte jamais en tête de liste
En ce moment, ma vie est beaucoup orientée vers l'écriture de mes romans, le développement du Réseau des Indépendants de l'Auto-édition, mes formations en nutrition, mes consultations et les différents projets que je mène. Et quelque part au milieu de tout ça, il y a une petite ligne : « Penser aussi à prendre soin de toi. » Je la vois. Je sais qu'elle existe. Je sais même professionnellement pourquoi elle est importante. Mais elle n'arrive pas toujours en tête de liste.
La journée type de la femme qui « s'est laissée aller »
Alors regardons un peu les coulisses.
Douche ou petit-déjeuner : un choix quotidien
En ce moment, je dors mal. Il y a Périménop' et ses fameuses douches internes qui peuvent venir mettre leur grain de sel. Mais elle n'est pas la seule responsable : j'habite en centre-ville et la vie nocturne autour de chez moi est devenue de plus en plus présente, alors même que, personnellement, j'aimerais justement m'en éloigner. Donc je suis réveillée, par mon corps parfois, par l'extérieur parfois, par les deux, histoire de ne pas faire de jalouse.
Le matin, la première chose que je fais ces derniers temps est souvent d'ouvrir mon ordinateur… dans mon lit. Je checke mes mails, je travaille sur mes projets. Et comme j'adore ce que je fais, le temps passe. Très vite. Beaucoup trop vite. Soudain, je regarde l'heure : il me reste quelques dizaines de minutes avant de partir en formation, en conférence, en atelier ou en consultation. Et là, un choix hautement stratégique s'impose : petit-déjeuner ou douche ? La douche gagne. Je vous rappelle quand même que la sueur n'a pas une excellente réputation d'un point de vue olfactif, et comme j'aimerais que les personnes qui assistent à mes formations se souviennent davantage de leur contenu que de l'odeur de leur formatrice, je fais des choix. Donc mon petit-déjeuner, que pourtant j'adore, peut être envoyé directement au cachot.
Pourtant, je mange « bien »
Le midi, j'ai généralement la chance de pouvoir prendre un vrai repas. J'adore cuisiner, je peux souvent revenir manger chez moi ou disposer de suffisamment de temps pour préparer quelque chose. Protéines, féculents, légumes… rien de particulièrement révolutionnaire. Lorsque je mange à l'extérieur, mon repas reste lui aussi généralement structuré de cette manière.
Puis je repars. Consultations, formation, ordinateur, déplacements, travail. Et dans l'après-midi, la faim commence parfois à me tirailler, évidemment, elle se manifeste encore davantage les jours où le petit-déjeuner a été condamné pour cause de douche urgente. Mais j'ai beaucoup mieux à faire. Enfin, c'est ce que mon cerveau me raconte. Je travaille, parce que je suis à mon compte, et il y a une réalité particulièrement efficace pour vous rappeler vos obligations professionnelles : si je ne travaille pas, je ne suis pas payée. Mes factures personnelles et professionnelles, elles, n'ont malheureusement jamais manifesté l'envie de faire une pause parce que Laëtitia était fatiguée.
Alors je continue. Et le soir, je retrouve généralement un repas partagé en famille. Vu de l'extérieur, quelqu'un pourrait regarder uniquement ma silhouette et conclure « Elle s'est laissée aller. » Et pourtant, quand j'ai réellement observé mes journées, je me suis rendu compte d'un truc assez cocasse : par moments, je mangeais plutôt moins qu'avant. Comme quoi, raconter une histoire à partir d'un ventre reste une activité relativement hasardeuse.
« Je n'ai pourtant rien changé »
C'est une phrase que j'entends aussi en consultation. « Je ne comprends pas. Je prends du poids après 40 ans sans raison. Je mange exactement comme avant. »
Ce que cette phrase cache vraiment
Et vous savez quelle pourrait être ma première réaction ? Certainement pas « C'est votre métabolisme. » Encore moins « Ce sont vos hormones. » Je commencerais par poser des questions. Parce que derrière « Je n'ai rien changé » se cache souvent « Je n'ai pas identifié de changement suffisamment important pour penser qu'il compte. » Et ce n'est pas la même chose.
Moi aussi, j'aurais pu dire « Je mange comme avant. » Sauf qu'en regardant de plus près, certains matins je ne mangeais plus du tout. Une autre femme aura peut-être toujours l'impression de cuisiner pareil, sauf que ses enfants ont quitté la maison et que, sans même en avoir conscience, ses repas du soir ont changé. Une autre aura changé de poste, elle ne fait plus les déplacements qu'elle faisait auparavant. Une autre dort moins bien. Une autre a arrêté son cours de sport depuis six mois. Une autre traverse une période de stress qu'elle minimise. Une autre a modifié ses horaires. Une autre encore a connu un événement de vie qui a changé subtilement son quotidien. Et parallèlement, son corps traverse lui aussi différentes évolutions, parce que la vie n'est jamais linéaire.
La vie n'est jamais linéaire
Franchement, si quelqu'un vous affirme que rien n'a changé dans sa vie depuis trois ans, j'ai presque envie de lui demander s'il vit en prison. Même lever, même repas, même activité, même emploi du temps, même environnement, même événement chaque jour. Et encore : même dans une cellule parfaitement organisée, le corps continuerait, lui, à évoluer.
Alors, est-ce vraiment le métabolisme qui ralentit après 40 ans ?
Ah, le métabolisme. Le coupable idéal.
Ce que dit vraiment la science
Vous avez probablement déjà entendu « Après 40 ans, le métabolisme ralentit. » Et parfois même avec une précision telle qu'on pourrait croire qu'à 40 ans et un jour, quelqu'un vient discrètement tourner le bouton de votre chaudière interne. La réalité est beaucoup moins simple.
Une vaste étude publiée dans la revue Science, portant sur des personnes âgées de 8 jours à 95 ans, a étudié la dépense énergétique quotidienne en tenant compte notamment de la masse maigre et de la masse grasse. Résultat intéressant : la dépense énergétique ajustée à la composition corporelle apparaissait globalement stable entre environ 20 et 60 ans. La baisse devenait davantage perceptible après 60 ans. Autrement dit : non, votre métabolisme ne semble pas s'effondrer mystérieusement le jour de vos 40 ans.
Ce qui change réellement, ce n'est pas l'âge en soi
Ça ne signifie évidemment pas que rien ne change entre 20 et 60 ans. Parce que notre dépense énergétique réelle dépend aussi de notre composition corporelle, de notre activité, de nos mouvements quotidiens et de tout ce qui compose notre vie. Et justement… la mienne a changé. Je reste davantage assise, je travaille énormément derrière un écran, je fais actuellement moins d'activité physique que ce que j'aimerais, je sens que j'ai perdu de la force, je dors moins bien. Alors avant d'accuser mon métabolisme d'avoir pris sa retraite anticipée, j'ai déjà quelques pistes à explorer.
Et les hormones dans tout ça ?
Parce qu'évidemment, Périménop' vient de lever la main au fond de la salle. « Et moi ? Je sers à quoi dans ton histoire ? » Attends, Périménop', ton tour arrive.
Ce que montre la cohorte SWAN
La transition ménopausique peut effectivement s'accompagner de modifications de la composition corporelle. Des travaux longitudinaux issus notamment de la cohorte SWAN ont observé, autour de la transition ménopausique, des changements concernant la masse grasse et la masse maigre ainsi qu'une évolution de la répartition des graisses. D'autres analyses de cette cohorte montrent notamment une augmentation plus marquée de la graisse centrale, en particulier viscérale et abdominale, pendant cette période. (Centre de Ménopause, Hôpital Paule de Viguier, CHU Toulouse, Toulouse, France)
Donc oui : les modifications hormonales de la transition ménopausique peuvent participer à une évolution de la composition corporelle et à une redistribution plus abdominale de la masse grasse. Ce qui, je l'avoue, rend mon histoire de jean légèrement moins mystérieuse.
Périménopause = prise de poids obligatoire ? Non
Mais attention. Cela ne signifie toujours pas périménopause = prise de poids obligatoire. Et encore moins hormones = seules responsables. Vieillissement, composition corporelle, activité physique, sommeil, alimentation, environnement, stress, événements de vie, santé… tout cela peut s'entremêler. Même les ressources destinées aux professionnels insistent sur l'importance d'une approche globale de la nutrition, de l'activité et de la santé pendant cette période plutôt que sur une explication unique.
Bref, désolée Périménop'. Tu as probablement un rôle dans l'histoire. Mais je ne vais pas te coller mes quatre kilos sur le dos sans procès.
Mes quatre kilos, et ce qu'ils racontent (ou pas)
Parce qu'ah oui, j'ai pris quatre kilos.
Une pesée, deux ou trois ans d'écart, fin de l'enquête
Je me suis pesée il y a quelques mois. Une fois. Et j'ai constaté environ quatre kilos de plus que lors de ma précédente pesée. Sauf que ma précédente pesée remontait à deux ou trois ans. Donc voilà ce que je sais : j'ai pris environ quatre kilos en deux ou trois ans. Fin de l'enquête. Je ne sais pas quand. Je ne sais pas selon quelle courbe. Je ne peux pas déterminer précisément à partir de cette seule mesure ce qui relève de la masse grasse, de la masse maigre ou des variations hydriques.
Aujourd'hui, compte tenu de mon tour de taille qui a changé et de cette sensation d'avoir moins de force, je suspecte évidemment une évolution de ma composition corporelle. Mais je ne vais pas demander à ma balance de se prendre pour Sherlock Holmes, parce qu'un poids ne raconte pas tout.
Ce qui m'intéresse plus que le chiffre
Et, personnellement, le chiffre m'intéresse assez peu pris isolément. Si demain je prends du poids tout en gagnant en force, en tonicité musculaire, en énergie et en capacités physiques, le chiffre ne racontera absolument pas la même histoire. Ce qui m'intéresse davantage aujourd'hui, c'est ce que mon corps me permet de faire. Et ce qu'il commence parfois à rendre plus difficile.
Parce que oui, je sens que quelque chose a changé
La fatigue, notamment, est devenue hyperprésente. Et je la remarque particulièrement lorsque mon cerveau commence à s'embrouiller.
Mon cerveau, mon outil de travail, qui s'embrouille
Parce que là, nous touchons un point sensible. Mon cerveau, j'en ai besoin. J'adore travailler tôt le matin. Pendant longtemps, j'ai eu une espèce de réveil programmé directement dans la tête : entre 4 h 30 et 5 h 30, hop, les yeux ouverts, sans réveil, en forme. Je pouvais me mettre tranquillement à travailler et ce qui sortait de mon cerveau me semblait de qualité.
Aujourd'hui, c'est beaucoup plus compliqué. Je me réveille et… j'aimerais bien rester encore un peu dans mon lit. Sauf que je ne peux pas toujours. Rappelons notre règle du jeu : si je ne travaille pas, je ne suis pas payée. Donc je travaille. Mais lorsque la fatigue devient trop importante, mon cerveau s'embrouille. Et lorsqu'il s'embrouille, il ne sort plus grand-chose d'intéressant. C'est généralement à ce moment-là que Georgette intervient.
« Bon, là, il va falloir faire quelque chose »
Pour une fois, Georgette ne me dit pas « Reste assise, tu iras demain. » Non. Elle commence à s'inquiéter. « Punaise, il est temps de faire quelque chose. Ce n'est plus possible. Il va falloir trouver une nouvelle organisation, sinon le bien-vieillir va te passer sous le nez. » Merci Georgette. Je sais. Et c'est quand même terrible, parce que je sais ce que je devrais faire. Je suis diététicienne, je forme en nutrition, j'accompagne des personnes. Je connais l'intérêt du mouvement, celui du renforcement musculaire. Je sais que le sommeil est important. Je sais qu'il serait judicieux de ne pas systématiquement faire passer mon ordinateur avant certains de mes besoins. Je sais. Mais savoir ne suffit pas toujours à mettre un pied devant l'autre. Et peut-être que cela aussi, nous devrions davantage nous le rappeler lorsque nous jugeons les comportements des autres.
Entre savoir et faire, il y a un monde
« Pourtant, elle sait bien qu'elle devrait… » Oui. Et ?
Tout ce qui s'interpose entre savoir et faire
Vous savez probablement vous aussi qu'il vaut mieux dormir suffisamment, bouger régulièrement, manger de manière adaptée à vos besoins, ne pas fumer, modérer l'alcool et prendre soin de votre santé. Voilà. Vous savez. Votre vie est donc désormais parfaitement réglée. De rien.
Si l'être humain fonctionnait comme ça, mon métier serait formidablement simple. Je pourrais remettre une feuille A4 à chaque patient : « Voici ce qu'il faut faire. Au revoir. » Mais entre savoir et faire, il y a un monde. Il y a la fatigue, le travail, l'argent, les enfants, les proches, les émotions, les contraintes, l'environnement, les habitudes, le plaisir, les priorités, la santé, les événements imprévus. Et parfois simplement le fait que nous avons envie de consacrer notre énergie à autre chose. Moi, j'aime prendre soin des autres, voir les personnes qui m'entourent se sentir bien me fait du bien aussi. J'aime mes projets, j'aime écrire, réfléchir, construire. Donc oui, certaines choses passent devant moi. Pas parce que je me déteste. Pas parce que j'ai abandonné mon corps. Mais parce qu'à ce moment précis, autre chose occupe davantage de place.
Où est mon déclic ?
C'est presque ça qui m'agace le plus. J'ai parfois envie de demander : elle est où, ma putain d'épée de Damoclès ? Parce qu'on connaît tous ces histoires. Quelqu'un apprend qu'il vient de déclarer une maladie et soudain, quelque chose bascule. « Là, si je veux encore rester quelques années sur cette Terre, il faut que je change certaines choses. » Évidemment, même dans ces situations, changer n'est pas automatiquement facile. Mais il y a un événement, un avant, un après, une urgence clairement identifiée.
Moi, je n'ai pas cette épée-là au-dessus de la tête. J'ai plutôt Georgette qui me souffle : « Tu sais quand même que si tu veux bien vieillir, c'est maintenant que ça se prépare ? » Oui, je sais. Mais entre le savoir et l'action, ça tiraille. Je lutte parfois contre cette impression étrange que quelqu'un d'autre dirige mon corps. « Bordel, avance quoi ! » Et j'avance. Mais certains jours, cela me demande beaucoup plus qu'avant.

Ce que personne ne voit, et ce qui m'agace vraiment
Je ne prétendrai jamais que mon expérience de la périménopause est celle de toutes les femmes.
Chaque femme vit sa périménopause différemment
Certaines traverseront cette période beaucoup plus facilement. D'autres vivront peut-être ce que je raconte puissance dix. Et ce que chacune ressent dépend aussi de son histoire, de son environnement, de sa santé et de tout ce qu'elle traverse au même moment. On peut connaître la périménopause, l'étudier, l'accompagner professionnellement, écouter les femmes qui la vivent. Mais il me semble beaucoup plus délicat de prétendre savoir exactement ce que vit cette femme-là, à cet instant précis, dans son corps et dans sa vie.
Les hommes qui prétendent déjà connaître la solution
Et c'est probablement pour cela que certains discours me hérissent particulièrement. Notamment lorsque je vois des hommes se positionner sur les réseaux comme ceux qui vont enfin expliquer aux femmes comment « passer le cap », perdre leur ventre ou reprendre le contrôle de leur corps. Attention : évidemment qu'un professionnel masculin compétent peut accompagner une femme en périménopause ou à la ménopause, ce n'est pas la question. Ce qui m'agace, c'est la posture du sauveur qui connaît déjà le problème, l'explication et la solution avant même d'avoir écouté la femme. Là, j'avoue : fuck you. Parce qu'avant de vouloir réparer le corps de quelqu'un, peut-être faudrait-il commencer par lui demander ce qu'il vit.
Si demain vous entriez dans mon cabinet et me disiez « J'ai pris du poids. Je me suis laissée aller. », vous savez ce que je vous demanderais ? Une chose toute simple : « Et à quoi est-ce dû, selon vous ? » Et je vous laisserais parler. Parce que je voudrais comprendre ce que signifie cette phrase pour vous. Est-ce un fait ? Une croyance ? Quelque chose que l'on vous a répété ? Une comparaison avec votre corps d'avant ? Un commentaire de votre conjoint ? Une impression ? Un changement réel dans votre quotidien ? Un événement de vie ? Une évolution de votre alimentation ? De votre activité ? De votre sommeil ? De votre santé ? Parce que mon rôle n'est pas de raconter votre histoire à votre place. Et certainement pas de décider, en regardant votre corps, que vous vous êtes « laissée aller ».
Alors, qu'est-ce que je vais faire, moi ?
Aujourd'hui, ma priorité n'est pas perdre mes quatre kilos. Je veux surtout retrouver davantage d'énergie, de force et de possibilités.
Le sommeil, le mouvement, et la réalité du quotidien
Je sais déjà que l'un de mes gros problèmes actuels est le sommeil. Sauf que là encore, il faut être réaliste. Je peux agir sur certaines choses, mais je ne peux pas éteindre la rue depuis mon lit. J'habite dans un environnement devenu trop bruyant pour moi et je cherche actuellement à déménager. Ça aussi, c'est agir. Même si cela ne ressemble pas à une séance de sport ou à une assiette Instagrammable.
Ensuite, il y a le mouvement. Et là, oui, j'ai davantage la main. Sauf qu'il existe un petit problème : quand je suis fatiguée, bouger est précisément l'une des choses qui me demande le plus d'énergie pour démarrer. Je sais que j'ai besoin de retrouver davantage d'activité et de force musculaire, je sais pourquoi, je sais ce que je pourrais mettre en place. Et malgré tout, certains jours, enfiler une paire de baskets semble demander une négociation internationale entre mon cerveau, mon corps, Georgette et Périménop'. Bienvenue chez moi.
Je me suis peut-être laissée aller… ailleurs
Alors non. Je ne vais pas vous raconter que mes quatre kilos sont tombés du ciel. Je ne vais pas accuser uniquement mes hormones. Je ne vais pas accuser un métabolisme qui aurait brutalement décidé de ralentir à 49 ans. Je ne vais pas non plus nier que certaines de mes habitudes ont changé. Je bouge moins que je ne le voudrais, je passe beaucoup de temps assise, je dors mal, j'ai parfois fait passer mes besoins après mon travail et mes projets. Et oui, mon corps traverse aussi une période de transition hormonale qui peut influencer sa composition et la manière dont la graisse se répartit.
Tout cela peut coexister. C'est justement ça, la vraie vie. Elle est rarement assez simple pour tenir dans « Elle s'est laissée aller. » Et encore moins dans « Après 45 ans, c'est le métabolisme. »
Alors avant de juger un corps, peut-être pourrions-nous commencer par nous taire deux minutes. Regarder la personne. L'écouter. Lui demander comment elle va, ce qui a changé. Et lorsqu'il s'agit de notre propre corps, peut-être pourrions-nous nous poser les mêmes questions avec un peu moins de brutalité. Qu'est-ce qui a réellement changé dans ma vie ? Comment est-ce que je dors ? Comment est-ce que je mange ? Comment est-ce que je bouge ? Comment est-ce que je récupère ? Qu'est-ce qui occupe actuellement mon énergie ? Qu'est-ce que je fais passer avant moi ? Qu'est-ce qui dépend de moi ? Et qu'est-ce qui, pour l'instant, ne dépend pas de moi ?
Parce qu'une prise de poids après 40 ans n'arrive pas « sans raison ». Mais la raison n'est pas forcément celle que vous imaginez. Et elle n'est certainement pas toujours résumable à un manque de volonté.
Moi, j'ai 49 ans. J'ai pris environ quatre kilos depuis la dernière fois où j'étais montée sur une balance deux ou trois ans auparavant. Mon ventre a changé, mon jean me l'a d'ailleurs fait savoir avant tout le monde. Je dors moins bien. Je bouge moins que ce que j'aimerais. Je travaille beaucoup, je crée énormément, je réfléchis probablement beaucoup trop. Je prends plaisir à m'occuper des autres. Et quelquefois, je me fais passer après. Périménop' est arrivée au milieu de tout ça et semble avoir décidé de participer elle aussi à l'aventure.
Alors oui, j'ai des choses à réorganiser. Oui, j'ai envie de reprendre davantage soin de ce corps qui doit encore m'emmener dans un paquet d'endroits. Oui, Georgette a probablement raison lorsqu'elle me rappelle que le bien-vieillir se prépare aussi maintenant. Mais non. Je ne résumerai pas les dernières années de ma vie par : « Je me suis laissée aller. » Et je ne laisserai certainement pas quelqu'un qui ne connaît rien de mon histoire le faire à ma place.
Parce que finalement, je ne sais toujours pas raconter précisément l'histoire de ces quatre kilos. Mais je sais une chose : ils ne suffisent pas à raconter la mienne.
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