Faim qui prend le contrôle, jambes lourdes dans les escaliers, chaleur qui monte sans prévenir : voici ce que j'appelle le poids mental du poids, cette accumulation de pensées obsédantes autour de la nourriture et cette charge mentale du corps qui, en périménopause, se met parfois à envoyer des notifications toutes les cinq minutes. Avec, promis, tout l'humour que la situation mérite.
Il y a encore quelque temps, je ne pensais pas autant à mon corps, mais mon corps a 49 ans maintenant. Attention, je ne veux pas dire que je n'en prenais pas soin, je suis diététicienne, spécialisée notamment en nutrition sportive et en comportement alimentaire, autant vous dire que le fonctionnement du corps humain fait légèrement partie de mon univers. Mais mon corps à moi, dans mon quotidien ? Il était là. Il faisait son boulot. Un peu comme une voiture dans laquelle vous montez tous les matins sans passer vingt minutes à analyser le fonctionnement du moteur. Vous tournez la clé, ça démarre, vous partez.
Eh bien mon corps, c'était un peu ça. Mon véhicule. Celui qui me permettait d'aller là où j'avais envie d'aller, mais aussi de ressentir ce que j'avais envie de ressentir. Faire un câlin et sentir l'autre se blottir dans mes bras. Regarder un film avec une copine et rire comme une débile devant une scène. Ou pleurer. Danser. Marcher. Travailler. Monter des escaliers. Manger. Sortir. Vivre, quoi.
Je ne me réveillais pas chaque matin en le remerciant solennellement pour ses bons et loyaux services. Il fonctionnait. Et j'avais globalement l'impression d'être aux commandes. Depuis quelque temps, le véhicule semble avoir découvert une nouvelle fonctionnalité : les notifications. Et putain, il en envoie beaucoup.
Les notifications de mon corps, un festival
Certaines sont plus bruyantes que d'autres, mais toutes ont ce talent particulier de débarquer sans y avoir été invitées.
Ding : j'ai faim
Commençons par la faim. Parce que chez moi, quand elle arrive vraiment, elle ne vient pas discrètement frapper à la porte. Elle entre. Elle s'assoit. Et elle prend le contrôle du cerveau. Quand j'ai très faim, je n'arrive plus vraiment à penser. Je peux même devenir légèrement agressive. Légèrement. Bon, les personnes qui vivent avec moi auront peut-être une autre appréciation du terme. Mais le résultat est là : quand la faim devient importante, elle occupe l'espace. Le dossier sur lequel je travaillais ? Secondaire. Le mail à terminer ? On verra après. La réflexion brillante que j'étais en train d'avoir ? Elle reviendra peut-être lorsque mon cerveau aura reçu l'information qu'une source d'énergie est de nouveau disponible. Et pourtant, cette sensation n'est pas nouvelle : j'ai toujours eu faim. Le problème actuel, c'est qu'elle vient s'ajouter à toutes les autres petites choses auxquelles mon corps me demande déjà de prêter attention.
Ding : tu as mangé trop vite / Ding : j'ai chaud
Autre grand classique : je mange un peu trop vite. Oui, je sais, je suis diététicienne, vous pouvez ranger immédiatement votre « Mais vous devriez savoir qu'il faut manger lentement ! » Je sais, bon en vrai c’est plus que le manger lentement, c’est bien mâcher. Merci. Seulement entre savoir quelque chose et vivre une vie dans laquelle on applique parfaitement tout ce que l'on sait, il existe un espace assez vaste appelé la réalité. Donc parfois, je mange trop vite. Et là, je le sens : une lourdeur s'installe dans mon estomac, un vrai pavé. Je souffle. Et mon cerveau, qui était peut-être déjà reparti sur la suite de ma journée, est immédiatement rappelé à l'ordre : « Bonjour. Estomac ici. Je voulais simplement vous informer que votre façon de déjeuner ne m'a pas spécialement convaincu. » Merci pour l'information.
Et puis il y a la chaleur. Ah, la chaleur. Elle commence à monter, et elle arrive jusque dans mes cheveux, j'ai les cheveux longs, et j'aime les porter détachés, c'est comme ça. Sauf qu'au moment où mon thermostat interne décide qu'il serait amusant de transformer le haut de mon corps en radiateur, mes longs cheveux deviennent soudain l'accessoire le plus insupportable de la création. Ça colle. Ça tient chaud. Ça m'énerve. Et me voilà une nouvelle fois obligée de penser à mon corps alors que, franchement, j'avais autre chose à foutre.
Et puis il y a mes putains d'escaliers
J'habite un endroit avec des escaliers. Je sais monter des escaliers, je tiens à le préciser : j'ai appris il y a quelques décennies et, jusqu'à présent, je pensais cette compétence définitivement acquise.
Deux pavés accrochés aux pieds
Eh bien certains jours, lorsque je les monte, j'ai l'impression d'avoir deux pavés accrochés aux pieds. Mes jambes deviennent lourdes, mes muscles me donnent presque la sensation d'avoir fait une séance de musculation de dingue. Et dans ma tête : « Punaise, j'en ai vraiment marre de cette putain de sensation. » Puis évidemment, Georgette intervient. Vous commencez à la connaître : cette petite voix intérieure toujours disponible pour commenter les événements avec une délicatesse remarquable. Et dans ces moments-là, elle aime beaucoup me glisser : « Eh ouais cocotte… tu vieillis. » Merci Georgette. Ton analyse était indispensable.
Ce n'est pas le symptôme, c'est qu'il m'oblige à y penser
C'est là que j'ai commencé à comprendre quelque chose. Ce qui me fatigue mentalement n'est pas nécessairement chacun de ces petits désagréments pris séparément. C'est leur accumulation. Parce qu'un corps qui fonctionne sans réclamer notre attention libère énormément d'espace mental. Je monte un escalier. Point. Mon cerveau peut continuer à réfléchir à ce qu'il faisait avant la première marche. Mais lorsque mes jambes me semblent lourdes, je ne peux plus simplement monter : je pense au fait que je suis en train de monter. Je ressens mes muscles. Je constate l'effort. Je compare avec avant. Je m'agace. Et pendant ce temps-là, mon cerveau ne pense plus à autre chose.
C'est presque comme si je devais réapprendre quelque chose que mon corps connaissait parfaitement. Une espèce de rééducation sans avoir eu d'accident. Et c'est cette sensation qui me dérange particulièrement. Pourquoi un effort que mon corps savait gérer auparavant me paraît-il parfois tellement plus important aujourd'hui ? Je n'ai pas envie d'avoir besoin de réfléchir pour monter mes escaliers. Je veux juste les monter.
Avant, mon corps était mon véhicule. Maintenant, je regarde les voyants
Je crois que c'est probablement la meilleure image pour expliquer ce que je ressens.
Le véhicule qui roulait sans qu'on y pense
Mon corps a toujours été mon véhicule. Pas une décoration, pas uniquement quelque chose que les autres regardent : le moyen par lequel je vis. Grâce à lui, je peux enlacer quelqu'un, sentir, bouger, rire, pleurer, travailler, voyager, faire des choses. Pendant longtemps, j'ai eu la sensation de conduire ce véhicule avec suffisamment de contrôle. Aujourd'hui, certains jours, j'ai plutôt l'impression de passer mon temps à regarder le tableau de bord. Un voyant s'allume, puis un autre, puis un autre. Et même lorsque rien de particulièrement grave ne se passe, à force de voir des petites lumières apparaître, on finit par regarder beaucoup plus souvent le tableau de bord que la route. C'est ça qui commence à prendre de la place dans ma tête.
Même mes émotions semblent avoir récupéré les clés
Il n'y a pas que les muscles, la digestion ou la chaleur. Il y a aussi mes émotions. Prenons un film : avant, une scène me faisait pleurer, très bien, mais si, pour une raison quelconque, je n'avais pas spécialement envie que cela se voie, j'avais davantage l'impression de pouvoir me reprendre. Maintenant ? Comment vous dire… quand les vannes sont ouvertes, les négociations deviennent compliquées. Je peux sentir que l'émotion arrive et avoir l'impression que mon corps a déjà pris sa décision : « Non, non. Aujourd'hui on pleure. Merci de ne pas gêner le processus. »
Et c'est encore cette impression de contrôle qui s'effrite un peu. Pas complètement, je ne suis pas devenue une marionnette dirigée par mes ovaires. Mais suffisamment pour que je le remarque. Et surtout suffisamment pour que ça m'agace.
Et forcément, la diététicienne commence à enquêter
À ce stade, il se produit quelque chose d'assez logique : je commence à m'interroger davantage sur mon alimentation.
La patate, c'est moi
Parce que je connais ces sensations, notamment dans mon travail avec les sportifs. J'ai déjà vu des sportifs insuffisamment nourris arriver sur une séance avec l'impression de ne plus avancer. Vous voyez le sportif qui voudrait courir mais dont le corps semble répondre : « Non merci. Aujourd'hui nous avons choisi l'option patate. » Eh bien certains jours, la patate, c'est moi.
Et là, évidemment, ma casquette professionnelle se met en route. Qu'est-ce que j'ai mangé ? Est-ce que j'ai suffisamment mangé ? Comment sont répartis mes apports ? Est-ce que je consomme suffisamment de protéines ? Est-ce que j'ai encore sauté le petit déjeuner parce que j'ai préféré prendre une douche avant de courir travailler ? Est-ce que j'ai ignoré ma faim dans l'après-midi parce que j'avais autre chose à faire ? Je checke. Parce que je sais qu'il peut y avoir des choses à améliorer du côté de mon assiette. Mais aussi parce que je sais qu'il serait complètement idiot de résumer toutes mes sensations à « C'est Périménop'. »
Non, tout n'est pas hormonal
C'est probablement l'un des pièges de cette période. Lorsqu'on commence à comprendre qu'on est en périménopause, on peut avoir envie de lui envoyer toutes les factures. Fatiguée ? Périménopause. Ventre ? Périménopause. Mauvaise digestion ? Périménopause. Pas envie de bouger ? Périménopause. Les escaliers sont devenus l'Everest ? Encore elle. Ce serait pratique.
Sauf que mon organisme ne vit pas isolé dans un laboratoire avec uniquement mes hormones pour compagnie. Il y a aussi mon sommeil, mon niveau d'activité physique, ce que je mange, la quantité que je mange, mon rythme de vie, mes projets, mon environnement, mon stress, mon âge, ma récupération, et probablement d'autres paramètres auxquels je ne pense même pas. Alors oui, la transition ménopausique peut s'accompagner de nombreux symptômes et modifier la manière dont certaines femmes se sentent physiquement ou émotionnellement. Mais cela ne signifie pas que tout symptôme nouveau chez une femme de 49 ans doit automatiquement être attribué aux hormones. La professionnelle que je suis le sait parfaitement. La femme qui monte ses escaliers avec ses deux pavés aux pieds a parfois un discours légèrement moins académique.
Les jours où je vais bien, la diététicienne reprend les commandes
Ce qui est assez révélateur, c'est que ma manière de réfléchir à tout ça dépend énormément de mon état.
Chercher à comprendre avant de conclure
Les jours où je me sens plutôt en forme, je peux analyser. Je prends du recul. Je regarde ce qui a changé. Je réfléchis à mon sommeil, à mon alimentation, à mon activité physique. Bref, je fais ce que je ferais probablement avec quelqu'un que j'accompagne : je cherche à comprendre avant de conclure.
Et les jours où Georgette récupère le dossier
Et puis il y a les jours où je suis crevée. Ces jours-là, Georgette adore récupérer le dossier. Elle met ses petites lunettes de pseudo-experte et vient ajouter un peu de pression : « T'es diététicienne quand même. » « Tu sais très bien ce qu'il faudrait faire. » « Il serait peut-être temps de te bouger. » Merci Georgette. La professionnelle sait. Mais la professionnelle vit aussi dans un corps humain. Et apparemment, ça change légèrement les conditions de l'expérience.
Quand penser à son alimentation devient-il trop penser à son alimentation ?
Cette question me semble importante, notamment avec mon métier.
La frontière à surveiller
Parce qu'il existe une différence entre porter attention à son alimentation et laisser la nourriture envahir son espace mental. S'interroger sur ses apports lorsque l'on se sent fatiguée ou moins performante peut être parfaitement pertinent. Mais si chaque sensation corporelle déclenche une nouvelle analyse alimentaire, la nourriture peut progressivement prendre une place disproportionnée. Et cette frontière mérite d'être surveillée, pas seulement chez les femmes en périménopause, chez tout le monde.
Est-ce que je choisis ce repas parce que j'en ai envie et qu'il correspond à mes besoins ? Ou parce que j'ai peur de ce qu'il pourrait provoquer ? Est-ce que j'observe mon alimentation pour mieux comprendre mon fonctionnement ? Ou est-ce que je commence à passer ma journée à la contrôler ? Est-ce que mes pensées alimentaires m'aident ? Ou est-ce qu'elles m'épuisent ?
Ce que je constate chez moi
Chez moi, aujourd'hui, je ne me reconnais pas dans une obsession de la nourriture ou du poids. En revanche, je constate que je pense davantage à mon alimentation parce que mon corps me pose davantage de questions. Et rien que ça occupe de la place.
Mon corps commence même à participer à mon agenda
Et c'est peut-être là que j'ai vraiment compris que quelque chose avait changé.
Le choix des vêtements avant une réunion
Je choisis davantage mes vêtements en fonction de mon confort, notamment lorsque je dois participer à une réunion ou rester assise longtemps,et non pas forcémément pour permettre à mon acceptation de moi d'aller mieux. Parce que si mon cerveau doit être concentré sur des échanges professionnels, je n'ai aucune envie qu'une partie de ses capacités soit utilisée pour penser : « Zut, cette ceinture me comprime. »
Quand la flemme et la fatigue négocient une sortie
Mais il y a autre chose. Les sorties. Il m'arrive de voir arriver une sortie qui s'annonce vraiment sympa. Je sais que je vais voir des personnes que j'apprécie, je sais qu'on va probablement rire, je sais que je vais passer un bon moment. Et pourtant, avant de partir : « Punaise… je suis crevée. » Puis : « J'ai la flemme. » Et là, attention, parce que je commence à connaître le duo. Madame Fatigue est réellement présente. Mais Georgette, elle, adore enfiler son costume d'adolescente flemmarde et amplifier le mouvement : « On pourrait rester là, non ? »
Alors maintenant, parfois, je n'écoute pas mon corps
Oui. Une diététicienne vient réellement d'écrire ça.
Écouter ne veut pas dire obéir
Parce qu'on nous répète beaucoup qu'il faut écouter son corps. Et je suis évidemment plutôt d'accord. Sauf qu'écouter ne signifie pas forcément obéir à chaque signal sans l'interroger. Si j'écoutais systématiquement mon « Je suis crevée, j'ai la flemme », je pourrais commencer à refuser des sorties qui me font pourtant énormément de bien.
Alors depuis quelque temps, j'essaie parfois de faire autre chose. Je mets un pied devant l'autre. Même si je souffle. Je me prépare, je pars. Et généralement ? Je suis contente d'être venue. Je peux être fatiguée, je peux bâiller, la fatigue n'a pas miraculeusement disparu parce que j'ai franchi la porte. Mais je passe un vrai bon moment. Sauf évidemment si les gens autour de moi sont des cons, mais là, je pense qu'on peut raisonnablement considérer que le problème dépasse le cadre de la périménopause.
Mon corps disait vrai, mais son interprétation n'était pas la bonne
Et je trouve cette nuance essentielle. Lorsque je pensais « Je suis fatiguée », mon corps disait vrai. J'étais réellement fatiguée. Mais si Georgette traduisait cette information par « Donc tu dois rester chez toi », elle allait peut-être un peu vite. Parce que je peux être fatiguée et avoir envie de voir mes amis. Je peux bâiller et rire. Je peux manquer d'énergie physique et rentrer chez moi contente d'avoir vécu ce moment.
Et c'est là qu'une nouvelle forme de charge mentale apparaît. Il ne suffit plus seulement d'entendre les signaux du corps. Il faut parfois les interpréter. Est-ce que cette fatigue signifie que j'ai réellement besoin de repos ? Ou est-ce que je peux faire cette sortie malgré elle ? Est-ce que cette faim mérite que j'arrête ce que je fais immédiatement ? Pourquoi est-ce que je digère mal aujourd'hui ? Pourquoi mes jambes sont-elles lourdes ? Est-ce mon sommeil ? Mon activité physique ? Mon alimentation ? Périménop' ? Autre chose ?
Mais foutez-moi la paix cinq minutes !
Voilà. C'est probablement la phrase qui résume le mieux cet article.
Le festival des « ding » qui n'en finit pas
Foutez-moi la paix cinq minutes, j'ai autre chose à penser. Parce que ce qui devient pesant n'est pas nécessairement mon poids. Ce n'est même pas mon ventre pris isolément. Ce sont toutes ces petites notifications corporelles qui viennent interrompre ma journée. Ding : j'ai faim. Ding : j'ai chaud. Ding : je digère mal. Ding : j'ai les jambes lourdes. Ding : mon ventre comprime. Ding : je suis fatiguée. Puis le cerveau se met au travail. Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai mangé ? Est-ce que je dors suffisamment ? Est-ce que je dois reprendre davantage le sport ? Est-ce que je mange assez ? Est-ce que c'est hormonal ? Est-ce que je devrais sortir ce soir ? Et Georgette, qui n'a absolument pas été sollicitée : « Eh ouais cocotte, tu vieillis. » MAIS TAIS-TOI, GEORGETTE. J'essaie de bosser.
Ce que la science appelle l'intéroception
On parle beaucoup de charge mentale pour décrire toutes ces petites choses qu'il faut garder en tête en permanence : les rendez-vous, les courses, les enfants, le boulot, les factures, ce qu'il ne faut pas oublier. Mais il existe aussi, à mon sens, une forme de charge mentale liée au corps. Pas nécessairement pathologique, pas forcément obsessionnelle : simplement cette quantité d'attention que notre état physique finit parfois par réclamer. Et lorsque plusieurs sensations apparaissent ou deviennent plus présentes au même moment, elles peuvent occuper une part importante de notre espace mental.
La recherche s'intéresse notamment à la manière dont nous percevons les signaux provenant de l'intérieur de notre organisme : faim, satiété, rythme cardiaque, respiration, sensations digestives, température… On parle d'intéroception. Cette capacité est indispensable : heureusement que notre cerveau nous informe que nous avons faim, soif, chaud, mal ou besoin de repos. Le problème n'est donc certainement pas d'avoir conscience de son corps. Mais l'attention portée à ces signaux peut devenir plus ou moins importante selon les personnes, les périodes et le contexte. Et pendant la transition ménopausique, alors que différents symptômes peuvent apparaître ou changer, il n'est finalement pas étonnant que certaines femmes aient l'impression que leur corps réclame soudain davantage d'attention. Cela ne signifie pas qu'elles deviennent obsédées par lui. Il est simplement devenu plus difficile à ignorer.

Et le « poids mental du poids » dans tout ça ?
Il mérite lui aussi qu'on en parle.
Comparer, interpréter, juger : le vrai coût mental
Parce que lorsqu'un corps change, notre cerveau ne se contente pas toujours de constater. Il compare. Il interprète. Il anticipe. Il juge parfois. Et toute cette activité mentale a un coût. Chez certaines personnes, les préoccupations concernant le poids, l'alimentation ou l'apparence peuvent devenir très envahissantes et affecter la qualité de vie.
La distinction importante à garder en tête
Et si les pensées autour de la nourriture, du poids ou du corps deviennent réellement obsédantes, entraînent une restriction importante, des compulsions, une détresse ou modifient fortement la vie sociale, ce n'est plus simplement une petite Georgette pénible qu'il faut supporter : cela mérite d'en parler avec un professionnel de santé.
Mais je tiens à faire cette distinction parce que ce n'est pas ce que je raconte ici de mon expérience. Je ne me lève pas en pensant à mon poids. Je ne passe pas ma journée à calculer ce que je vais manger. Je ne me pèse pas. Ce que je constate, en revanche, c'est que mon corps prend davantage de place dans mes pensées parce qu'il se manifeste davantage. Et c'est déjà beaucoup.
Ce que je voudrais récupérer n'est finalement pas mon corps d'avant
Depuis que j'écris cette série, cette idée revient régulièrement.
Un corps suffisamment silencieux pour que je puisse l'oublier
Je n'ai pas spécialement envie de remonter le temps. Je n'ai pas envie de redevenir la Laëtitia de 30 ans. J'aime trop la femme que je suis devenue. Mais j'aimerais parfois retrouver quelque chose que je possédais davantage à cette époque sans même savoir que je l'avais : un corps suffisamment silencieux pour que je puisse l'oublier.
Pas complètement. Je veux continuer à ressentir. Je veux avoir faim. Je veux sentir un câlin. Je veux rire jusqu'à en avoir mal au ventre. Je veux pleurer devant un film. Je veux sentir mon corps bouger. Je veux qu'il me prévienne lorsqu'il a réellement besoin de quelque chose. Je ne veux pas couper le son. J'aimerais juste pouvoir baisser un peu le volume. Parce qu'en ce moment, certains jours, il parle beaucoup. Et j'ai déjà quelqu'un d'autre dans ma tête qui parle énormément. Moi.
J'ai mieux à faire de cet espace-là
C'est finalement ce que je souhaite le plus. Pas un cerveau vide, ce serait complètement contraire à mon fonctionnement : j'adore réfléchir, j'adore comprendre, j'adore imaginer, j'adore construire des projets. J'écris, je travaille, je me forme, j'accompagne, je crée. J'ai toujours mille idées qui circulent en même temps. Alors chaque petit morceau d'espace mental compte.
Et franchement ? Je n'ai pas spécialement envie de le consacrer à me demander pourquoi mon jean comprime, pourquoi mes jambes sont lourdes, pourquoi j'ai encore chaud, si j'ai suffisamment mangé ou si ma digestion va décider de me laisser tranquille cet après-midi. Je voudrais récupérer de l'espace dans ma tête pour y mettre ce qui compte vraiment pour moi. Mes projets. Les gens que j'aime. Mes envies. Mes histoires. Mes idées. Les choses que je veux encore apprendre. Celles que je veux construire. Et toutes celles que je n'ai même pas encore imaginées.
Alors oui, Périménop', j'ai compris. Tu es là. Tu peux arrêter les notifications toutes les cinq minutes, je te promets que j'ai reçu le message. Et Georgette ? Toi aussi. Maintenant, si tout le monde pouvait fermer sa gueule cinq minutes… j'aimerais bien récupérer mon cerveau.
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