Laëtitia Knopik, votre diététicienne-nutritionniste

Surpoids et hyperphagie boulimique : Pourquoi les régimes restrictifs sont à éviter

24 septembre 2024

L’hyperphagie boulimique, un trouble alimentaire fréquent, même chez les personnes obèses, est souvent mal diagnostiquée et encore plus mal traitée. Pourtant, plus d’une personne obèse sur deux en souffrirait, d’après des études récentes. Ce trouble se caractérise par des crises alimentaires incontrôlées, sans comportements compensatoires tels que les vomissements ou l’exercice excessif. La gestion de ce trouble, en particulier chez les personnes souffrant de surpoids, nécessite une approche sensible et adaptée, loin des régimes restrictifs qu’on leurs propose pour gérer leurs poids, qui risquent d’aggraver la situation. Dans cet article, j’explore avec vous pourquoi il est essentiel de privilégier une prise en charge globale et respectueuse du corps avec un ensemble de professionnels de santé, sans recourir aux diètes strictes.

L’hyperphagie boulimique : un trouble méconnu, mais fréquent chez les personnes obèses

L’hyperphagie boulimique (HB) est souvent confondue avec la boulimie, bien que les deux troubles présentent des différences importantes. Tandis que la boulimie inclut des comportements compensatoires après des crises (comme les vomissements provoqués), l’hyperphagie boulimique se distingue par l’absence de ces comportements. En conséquence, les personnes touchées par l’hyperphagie boulimique ont souvent un excès de poids ou sont en situation d’obésité.

Les épisodes d’hyperphagie se caractérisent par la consommation rapide et incontrôlée de grandes quantités d’aliments, souvent déclenchés par des émotions négatives comme le stress, l’anxiété ou la dépression. Ces crises, suivies d’un profond sentiment de culpabilité, peuvent se produire plusieurs fois par semaine, rendant la perte de poids difficile sans une prise en charge adéquate.

Il est donc fondamental de comprendre que l’hyperphagie boulimique est un trouble alimentaire et non un simple manque de volonté. Les régimes restrictifs, fréquemment proposés aux patients obèses à tord, sont non seulement inefficaces, mais peuvent aussi exacerber les compulsions alimentaires, en raison des privations et de la frustration qu’ils génèrent.

Les dangers des régimes restrictifs pour les personnes hyperphages

Les régimes restrictifs, bien qu’ils promettent des résultats rapides, posent des risques importants, notamment pour les personnes souffrant d’hyperphagie boulimique. Voici pourquoi ils sont à éviter :

1. L’effet yoyo et l’augmentation des crises alimentaires

Les régimes hypocaloriques stricts limitent l’apport énergétique, mais ils ne tiennent pas compte des besoins émotionnels et psychologiques liés à la nourriture. Après un certain temps, la privation engendre souvent des envies intenses, ce qui conduit à des épisodes de frénésie alimentaire. Ce phénomène, appelé effet yoyo, se traduit par une perte de poids suivie d’une reprise rapide, parfois accompagnée d’une aggravation des comportements d’hyperphagie.

De plus, la répétition des régimes restrictifs épuise le métabolisme et affaiblit la confiance en soi, renforçant le cercle vicieux des crises alimentaires.

2. la culpabilité et relation malsaine avec la nourriture

Les régimes restrictifs créent souvent une dynamique négative avec la nourriture. En divisant les aliments en « bons » et « mauvais », ils renforcent un sentiment de culpabilité chez les personnes qui craquent pour des aliments jugés interdits. Ce sentiment, déjà présent chez les personnes souffrant d’hyperphagie boulimique, est alors exacerbé, augmentant le mal-être psychologique et les compulsions alimentaires.

Cette culpabilité post-crise peut pousser à des comportements de restriction encore plus stricts, renforçant ainsi la spirale destructrice.

3. La frustration et la perte de contrôle

La frustration est une conséquence directe des régimes restrictifs et lorsqu’on limite drastiquement certains types d’aliments, le désir de les consommer augmente. Cette privation rend les personnes plus vulnérables aux compulsions alimentaires, particulièrement lors de périodes de stress ou d’émotions négatives. Paradoxalement, cette perte de contrôle est souvent interprétée comme un manque de discipline personnelle, alors qu’elle est en réalité la conséquence directe des restrictions imposées.

Une approche sans restriction : Comment rétablir une relation saine avec la nourriture

En tant que diététicienne nutritionniste à Lille, Arras et Rouvroy (entre Lens et Douai), et disponible en téléconsultation, mon approche vise à sortir des régimes restrictifs pour aider mes patients à retrouver une relation apaisée avec leur alimentation. Voici les principes clés que je mets en avant dans la gestion de l’hyperphagie boulimique.

1. Adopter une alimentation intuitive

L’alimentation intuitive consiste à réapprendre à écouter son corps, à distinguer la faim physique des envies émotionnelles. Contrairement aux régimes qui dictent ce qu’il faut ou ne faut pas manger, cette méthode encourage une approche bienveillante où tous les aliments sont permis, mais en quantité modérée et en respectant les signaux de faim et de satiété.

Cela permet de libérer la pression exercée par les régimes et de réduire progressivement les compulsions alimentaires. En consultation, nous travaillons ensemble à rétablir ces signaux internes, souvent brouillés par des années de restrictions et de culpabilité alimentaire.

2. Travailler sur les déclencheurs émotionnels

L’hyperphagie boulimique est étroitement liée aux émotions. Manger devient une manière de gérer le stress, la tristesse, ou encore l’anxiété. Une part importante de la prise en charge repose donc sur la reconnaissance de ces émotions et l’apprentissage de stratégies pour y faire face autrement qu’à travers la nourriture.

Je propose, en complément d’une approche nutritionnelle, des techniques de gestion du stress comme la respiration, la relaxation, ou encore la pleine conscience. L’objectif est d’aider mes patients à développer des mécanismes de coping plus sains et à rompre le lien entre les émotions et la nourriture.

3. Structurer les repas sans privation

Plutôt que de restreindre, il est essentiel de structurer les repas. Cela signifie établir des repas réguliers pour éviter les longues périodes de jeûne qui favorisent les compulsions. Des collations équilibrées et planifiées peuvent également prévenir les crises de faim intenses.

Je propose souvent à mes patients de tenir un journal alimentaire non pas pour compter les calories, mais pour identifier les moments où surviennent les crises, et surtout pour comprendre les émotions et situations qui les déclenchent. Ce travail permet de mettre en place une routine alimentaire qui stabilise le comportement alimentaire tout en respectant les besoins du corps.

4. L’importance de la collaboration avec d’autres professionnels de santé

L’hyperphagie boulimique étant souvent liée à des troubles anxio-dépressifs, il est important d’avoir une approche pluridisciplinaire. En tant que diététicienne nutritionniste, je travaille en collaboration avec des psychologues, médecins et autres professionnels de santé pour offrir à mes patients une prise en charge complète.

Le traitement de l’hyperphagie boulimique va bien au-delà de la seule alimentation. Il s’agit d’un travail sur soi qui implique de traiter les émotions sous-jacentes, de gérer les troubles de l’humeur, et d’améliorer l’estime de soi.

Laëtitia Knopik

Laëtitia Knopik

Diététicienne-nutritionnsite

Je donne des consultations sur Arras, Lens-Douai (Rouvroy), Lille et en téléconsultation. Formatrice et enseignante en école supérieure & université sur les domaines de la diététique et de la nutrition, je suis également autrice de plusieurs ouvrages, particulièrement sur la nutrition sportive.

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